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Conceptualisation et encodage de la causativité chez des enfants monolingues français et bulgares âgés de 3 à 6 ans

15 janvier 2026 · 14h00 16h00

Lieu :

Caen · Campus 1 · CRISCO · Salle de documentation

Esplanade de la Paix
Caen, 14032 France
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Séminaire de Yanka Bezinska (CRISCO)

La causativité constitue une catégorie fondamentale de la conceptualisation humaine (Shibatani, 2002) et une propriété universelle des langues (Agbo, 2014). Elle renvoie à des situations complexes dans lesquelles un agent provoque une action ou un changement d’état chez un autre participant (ex. : Le clown fait rire les enfants. ; Jean casse le jouet.). Les langues disposent de moyens variés pour encoder cette notion, notamment des unités lexicales (ex. : melt, break, kill), des procédés morphologiques (ex. : öl – mourir → öl-dür – tuer en turc) et des constructions périphrastiques (ex. make cry) (Dixon, 2000).

La présente étude adopte une perspective contrastive et développementale, en comparant l’acquisition de la causativité en français et en bulgare, deux langues typologiquement distinctes. Le français privilégie majoritairement le prédicat complexe faire + Vinf, tandis que le bulgare recourt à trois mécanismes productifs : lexical (ex. : hranja – nourrir), morphologique (le préfixe ‘raz-’ : razsmivam – faire rire) et périphrastique (la construction karam + da (conj) + V pres – inciter qun à ce que V).

La recherche vise à analyser : (i) les stratégies d’encodage de la causativité chez les enfants français et bulgares, (ii) le rôle de la complexité morphosyntaxique dans l’acquisition des structures causatives, (iii) la nature des représentations cognitives de la causativité entre 3 et 6 ans et (iv) l’effet de l’usage adulte des formes causatives sur les stratégies de production chez les enfants.

L’échantillon se compose de 209 participants : 113 francophones (71 enfants, 42 adultes) et 96 bulgarophones (56 enfants, 40 adultes). Les enfants, répartis en trois tranches d’âge (3–4, 4–5 et 5–6 ans), sont soumis à trois tâches expérimentales, ciblant des composantes distinctes du traitement linguistique : production, compréhension et imitation (amorçage syntaxique). Les adultes constituent un groupe contrôle et participent uniquement à la tâche de production.

Les résultats indiquent, premièrement, que l’encodage morphosyntaxique de la causativité demeure complexe ; les enfants privilégient souvent une description autonome de la cause (ex. : La fille fait des grimaces.), de la conséquence (ex. : L’enfant rit.) ou des deux à la fois, sans recours à une structure causative (ex. : La fille fait des grimaces et l’enfant rit.). Deuxièmement, entre 3 et 6 ans, les enfants français et bulgares disposent de représentations cognitives suffisamment précises de la causativité, puisqu’ils parviennent à simuler avec des figurines les scènes causatives qui leur sont proposées. Enfin, l’usage adulte exerce un effet facilitateur significatif sur les productions enfantines, en augmentant la disponibilité des constructions causatives dans un contexte de compétition linguistique.