Métrique en Ligne
VER_16/VER664
Paul VERLAINE
ÉPIGRAMMES
1894
VI
« …l’orgue de Barbarie ! »
P. V.
A Octave Mirbeau.
Après les chants d’église et les airs militaires 12
Plus près d’être pareils qu’on ne croit en effet, 12
Les uns vous pénétrant de délices austères, 12
Les autres, feu puissant, clair, pur, dans les artères, 12
5 Dès le premier soupir jusqu’au dernier chevet, 12
Après, dis-je, ces deux entières préférences, 12
Ce que j’aime parfois en fait de bruit humain 12
C’est l’instrument qu’un pauvre éveille sous sa main, 12
Bruit humain, fait de cris et de lentes souffrances 12
10 Dans le soleil couchant au loin d’un long chemin, 12
Rue ou route, emplissant la banlieue et la ville 12
De son chant toujours triste en dépit du morceau : 12
Est-ce espoir qui s’endort, est-ce révolte vile ? 12
Ah ! plutôt n’est-ce pas l’escorte qui défile 12
15 Des rêves, revenus de la tombe au berceau 12
Et qui vont du berceau retourner à la tombe, 12
Sans fin, sans lieu, soleil couchant jamais éteint, 12
Rue ou route qu’un horizon d’automne étreint, 12
Perpétuel, heure arrêtée, âme que plombe 12
20 Et surplombe un ennui qu’on ignore et qu’on craint. 12
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