Métrique en Ligne
P = préposition
C = clitique
M = voyelle masculine
F = "e" féminin
| = césure
HUG_10/HUG181
Victor HUGO
Les feuilles d'automne
1831
XXXVIII
PAN
CLÉM. ALEX.
Si l'on vous dit que l'art | et que la poésie 6+6 a
C'est un flux éternel | de banale ambroisie, 6+6 a
Que c'est le bruit, la foule, | attachés à vos pas, 6+6 b
Ou d'un salon doré | l'oisive fantaisie, 6+6 a
5 Ou la rime en fuyant | par la rime saisie, 6+6 a
Oh ! ne le croyez pas ! 6 b
Ô poètes sacrés, | échevelés, sublimes, 6+6 a
Allez, et répandez | vos âmes sur les cimes, 6+6 a
Sur les sommets de neige | en butte aux aquilons, 6+6 b
10 Sur les déserts pieux | où l'esprit se recueille, 6+6 c
Sur les bois que l'automne | emporte feuille à feuille, 6+6 c
Sur les lacs endormis | dans l'ombre des vallons ! 6+6 b
Partout où la nature | est gracieuse et belle, 6+6 a
Où l'herbe s'épaissit | pour le troupeau qui bêle, 6+6 a
15 Où le chevreau lascif | mord le cytise en fleurs, 6+6 b
Où chante un pâtre, assis | sous une antique arcade, 6+6 c
Où la brise du soir | fouette avec la cascade 6+6 c
Le rocher tout en pleurs ; 6 b
Partout où va la plume | et le flocon de laine ; 6+6 a
20 Que ce soit une mer, | que ce soit une plaine, 6+6 a
Une vieille forêt | aux branchages mouvants, 6+6 b
Îles au sol désert, | lacs à l'eau solitaire, 6+6 c
Montagnes, océans, | neige ou sable, onde ou terre, 6+6 c
Flots ou sillons, partout | où vont les quatre vents ; 6+6 b
25 Partout où le couchant | grandit l'ombre des chênes, 6+6 a
Partout où les coteaux | croisent leurs molles chaînes, 6+6 a
Partout où sont des champs, | des moissons, des cités, 6+6 b
Partout où pend un fruit | à la branche épuisée, 6+6 c
Partout où l'oiseau boit | des gouttes de rosée, 6+6 c
30 Allez, voyez, chantez ! 6 b
Allez dans les forêts, | allez dans les vallées, 6+6 a
Faites-vous un concert | des notes isolées ! 6+6 a
Cherchez dans la nature, | étalée à vos yeux, 6+6 b
Soit que l'hiver attriste | ou que l'été l'égaye, 6+6 c
35 Le mot mystérieux | que chaque voix bégaye. 6+6 c
Écoutez ce que dit | la foudre dans les cieux ! 6+6 b
C'est Dieu qui remplit tout. | Le monde, c'est son temple. 6+6 a
Œuvre vivante, où tout | l'écoute et le contemple ! 6+6 a
Tout lui parle et le chante. | Il est seul, il est un. 6+6 b
40 Dans sa création | tout est joie et sourire ; 6+6 c
L'étoile qui regarde | et la fleur qui respire, 6+6 c
Tout est flamme ou parfum ! 6 b
Enivrez-vous de tout ! | enivrez-vous, poètes, 6+6 a
Des gazons, des ruisseaux, | des feuilles inquiètes, 6+6 a
45 Du voyageur de nuit | dont on entend la voix, 6+6 b
De ces premières fleurs | dont février s'étonne, 6+6 c
Des eaux, de l'air, des prés, | et du bruit monotone 6+6 c
Que font les chariots | qui passent dans les bois ! 6+6 b
Frères de l'aigle ! aimez | la montagne sauvage : 6+6 a
50 Surtout à ces moments | où vient un vent d'orage, 6+6 a
Un vent sonore et lourd | qui grossit par degrés, 6+6 b
Emplit l'espace au loin | de nuages et d'ombres, 6+6 c
Et penche sur le bord | des précipices sombres 6+6 c
Les arbres effarés ! 6 b
55 Contemplez du matin | la pureté divine, 6+6 a
Quand la brume en flocons | inonde la ravine, 6+6 a
Quand le soleil, que cache | à demi la forêt, 6+6 b
Montrant sur l'horizon | sa rondeur échancrée, 6+6 c
Grandit, comme ferait | la coupole dorée 6+6 c
60 D'un palais d'Orient | dont on approcherait ! 6+6 b
Enivrez-vous du soir ! | à cette heure où, dans l'ombre, 6+6 a
Le paysage obscur, | plein de formes sans nombre, 6+6 a
S'efface, de chemins | et de fleuves rayé ; 6+6 b
Quand le mont, dont la tête | à l'horizon s'élève, 6+6 c
65 Semble un géant couché | qui regarde et qui rêve 6+6 c
Sur son coude appuyé ! 6 b
Si vous avez en vous, | vivantes et pressées, 6+6 a
Un monde intérieur | d'images, de pensées, 6+6 a
De sentiments, d'amour, | d'ardente passion, 6+6 b
70 Pour féconder ce monde, | échangez-le sans cesse 6+6 c
Avec l'autre univers | visible qui vous presse ! 6+6 c
Mêlez toute votre âme | à la création ! 6+6 b
Car, ô poètes saints ! | l'art est le son sublime, 6+6 a
Simple divers, profond, | mystérieux ; intime, 6+6 a
75 Fugitif comme l'eau | qu'un rien fait dévier, 6+6 b
Redit par un écho | dans toute créature, 6+6 c
Que sous vos doigts puissants | exhale la nature, 6+6 c
Cet immense clavier ! 6 b
mètre profils métriques : 6, 6+6
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