Métrique en Ligne
P = préposition
C = clitique
M = voyelle masculine
F = "e" féminin
| = césure
MIK_1/MIK24
Éphraïm MIKHAËL
Œuvres
1884-1890
POÉSIE
Le Mage
À Bernard Lazare.
C’est fini : tout le jour | les chevaux des Barbares 6+6 a
Ont marché dans le sang | des Mages massacrés, 6+6 b
Et des clairons vainqueurs | insultent de fanfares 6+6 a
Les portiques du temple | et les jardins sacrés. 6+6 b
5 Dans les champs lumineux | et parfumés de menthes, 6+6 a
Au fond des bois hantés | d’ægipans et de dieux, 6+6 b
Les flèches des castrats | ont percé les amantes ; 6+6 a
Les muets ont vaincu | les rois mélodieux. 6+6 b
Voici qu’ils sont tombés, | les beaux gardiens du Verbe 6+6 a
10 Qui veillaient le trésor | des secrets fabuleux. 6+6 b
On les a prosternés | la face contre l’herbe 6+6 a
Pour ravir à leur mort | l’amitié des soirs bleus. 6+6 b
Et des mains de bouffons | se traînent sur la lyre ; 6+6 a
Les hymnes sont souillés | par des voix de valets, 6+6 b
15 Et tous, chiens offusqués | par le nard et la myrrhe, 6+6 a
Hurlent d’horreur devant | la splendeur des palais. 6+6 b
Fugitif et donnant | à la terre natale 6+6 a
La bénédiction | de son sang précieux, 6+6 b
Le survivant de la | tribu sacerdotale, 6−6 a
20 Le dernier des voyants | jette un cri vers les cieux. 6+6 b
« Dieu de la nuit, le ciel | est plein de mauvais astres 6+6 a
Dont le regard haineux | fait mourir les cités. 6+6 b
Voici le jour sanglant | des suprêmes désastres, 6+6 a
Et je vous parle seul | dans des champs dévastés. 6+6 b
25 « Cependant, comme au soir | des jeunes allégresses, 6+6 a
Je m’enivre en fuyant | des parfums vespéraux, 6+6 b
Et le cœur tout meurtri | de divines tendresses, 6+6 a
J’ai peur de pardonner, | Seigneur ! à mes bourreaux. 6+6 b
« Je suis le prisonnier | de la forêt magique ; 6+6 a
30 J’adore malgré moi | les horribles vergers 6+6 b
Dont les rameaux ont bu | dans le printemps tragique 6+6 a
Le sang mystérieux | des justes égorgés. 6+6 b
« Et je souffre d’aimer | encor la gloire infâme 6+6 a
De la terre déchue | et du ciel avili. 6+6 b
35 Je pleure de sentir | descendre sur mon âme 6+6 a
Comme une brume d’or | le pacifique oubli. 6+6 b
« O mon Dieu ! sauvez-moi | des fleurs crépusculaires 6+6 a
Et laissez-moi m’enfuir | des pays bien aimés. 6+6 b
Je veux savoir la joie | immense des colères, 6+6 a
40 La royale rancœur | des lions enfermés. 6+6 b
« Comme un chasseur qui vient | raviver sous sa lance 6+6 a
L’ancienne cruauté | des monstres endormis, 6+6 b
Irritez-moi, troublez | ma bonne somnolence, 6+6 a
Que je puisse à la fin | haïr mes ennemis. 6+6 b
45 « Et quand ils sortiront | des demeures pillées, 6+6 a
Emplissez-moi le cœur | de désirs ténébreux, 6+6 b
Pour que je veuille enfin, | de mes mains réveillées, 6+6 a
Faire crouler les rocs | des montagnes sur eux. » 6+6 b
Il dit ; et le jour vient, | et le honteux cortège 6+6 a
50 Des étrangers remplit | la plaine et le ravin ; 6+6 b
Et le conquérant dort, | stupide, sur le siège 6+6 a
Du char royal sali | de poussière et de vin. 6+6 b
Mais ces hommes sont beaux | sous le soleil qui dore 6+6 a
Les cuirasses de bronze | et les riches cimiers 6+6 b
55 Dans la campagne en fleurs | où le vent de l’aurore 6+6 a
Incline devant eux | les lys et les palmiers. 6+6 b
Alors, respectueux | et doux, le dernier Mage, 6+6 a
Contemplant les chevaux | cabrés dans la moisson, 6+6 b
Semble un vieux serviteur | courbé pour rendre hommage 6+6 a
60 Au maître vénéré | qui rentre en sa maison : 6+6 b
« Salut, voleurs épris | de gloires insensées, 6+6 a
Lâchés dans les blés mûrs | comme de lourds taureaux ! 6+6 b
Gloire à vous, meurtriers | des blanches fiancées, 6+6 a
Car le soleil levant | vous égale aux héros. 6+6 b
65 « Vous chevauchez pareils | aux dompteurs des Chimères, 6+6 a
Aux blonds libérateurs | des princesses en deuil, 6+6 b
Et plus haut que le bruit | des peuples éphémères 6+6 a
Vous faites résonner | le cri de votre orgueil. 6+6 b
« Et les hommes, au fond | de leurs villes lointaines, 6+6 a
70 Troublés par la rumeur | de vos chars merveilleux, 6+6 b
Vous prêteront, muets, | des paroles hautaines, 6+6 a
Castrats, vous salueront | comme de grands aïeux. 6+6 b
« Allez ! moi seul, j’ai vu | vos mauvaises épées ; 6+6 a
Seul je sais le secret | de votre cœur banal. 6+6 b
75 Mais je veux être aussi | pour les foules trompées 6+6 a
Complice de l’aurore | et du vent matinal. 6+6 b
« Je veux laisser en paix | la splendeur des mensonges 6+6 a
Éclore sous les pieds | de vos chevaux impurs ; 6+6 b
Car vous êtes élus | pour passer dans les songes, 6+6 a
80 Car le destin vous livre | aux aèdes futurs. 6+6 b
« Et vaincu je bénis | les ennemis immondes, 6+6 a
Puisque aux appels de leurs | clairons retentissants 6−6 b
Un éphèbe surgit | à l’orient des mondes, 6+6 a
Qui sacrera leur roi | par les rhythmes puissants. » 6+6 b
85 Il parle ainsi, tendant | sans haine des mains calmes ; 6+6 a
Et dans les champs, émus | d’un frisson de réveil, 6+6 b
Parmi les gerbes d’or | et les tranquilles palmes, 6+6 a
Ces brutes, dieux nouveaux, | marchent vers le soleil. 6+6 b
mètre profil métrique : 6−6
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