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Centre de recherches inter-langues sur la signification en contexte · CRISCO · EA4255

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"Voyage au centre de la morphosyntaxe : ..." par Jean-Léo LEONARD

le 28 mars 2019
A 14h

Conférence de Jean-Léo LEONARD,Sorbonne Université, UFR de Langue Française (STIH : EA 4509)

Voyage au centre de la morphosyntaxe : (absence de) cas, rôles sémantiques et diathèse dans quelques langues de Méso-Amérique, à la lumière du paramètre concentrique versus exocentrique en typologie linguistique.

Notre objectif sera ici de réaliser, à titre didactique, un voyage au centre de la morphosyntaxe, à la fois du point de vue de quelques procédés caractéristiques d’encodage particulier (dans un « type » de langues ») de structures universelles, d’une part, et comme continuum de condensation des marques morphosyntaxiques, ou continuum distributionnel, d’autre part.
Par conséquent, nous aborderons ici le champ de recherches de la typologie linguistique à travers le prisme d’un paramètre typologique majeur : celui de l’opposition entre langues concentriques, ou Head-Marking (HM) et langues exocentriques, ou Dependent Marking (DM) – cf. Nichols (1986), Lehmann (2005). Les premières concentrent les marques flexionnelles sur la tête de l’énoncé (le verbe), tandis que les secondes condensent celles-ci sur les dépendances (notamment, les arguments, ou actants).
Dans une langue concentrique, les actants sont en quelque sorte « sous-exprimés », ou exprimés là où on ne s’y attend pas (dans la flexion verbale), mais ils n’en restent pas moins présents et actifs. Nous allons voir pourquoi et comment, en contrastant des données de première et de seconde main sur nos paires de parangons de langues concentriques (langues mayas, mazatec).

Nos trois hypothèses de travail (H/1-3) seront les suivantes :

H/1 : Conctr/Exoctr comme prisme procédural).

Le paramètre Concentrique versus Exocentrique (désormais, Conctr/Exoctr) sera considéré comme un angle d’observation, voire comme un laboratoire, qui nous informe sur les relations entre la forme logique et la forme phonologique, sur le plan de ce qui est marqué, où et comment, dans l’architecture des diverses langues du monde (approche Forme Log/Forme Phon, cf. Fillmore 1968, Tesnières 1959)

H/2 : Conctr/Exoctr comme test (de l’actance) sur paramètre des structures GU (= Grammaire Universelle).

Alors que les rôles sémantiques sont universels, les expressions des structures actancielles divergent sensiblement, de langue à langue, voire au sein d’un continuum ou réseau dialectal.
Ces relations sens-forme, comme rôles sémantique/marquage casuel prennent d’autant plus de relief si on les « teste » à l’aide de paramètres typologiques forts, comme la concentricité vs. l’exocentricité distributionnelle des marques actancielles dans les langues du monde. Le linguiste descriptiviste, qui n’est jamais qu’une sorte de photographe des « grammaires-noyau » comme autant d’expressions de la GU (Chomsky 1982, 1995), trouve là une solution heuristique pour l’observation des conditions de marquage dans les langues. Un bon paramètre typologique doit pouvoir rendre ce genre de services. Quelles structures actancielles de la GU sont plus « résilientes » dans une grammaire fortement concentrique ? Quelles solutions et options structurales retiennent les langues qui ont développé la concentricité pure, comme le mazatec ?

H/3 : Conctr/Exoctr comme prisme distributionnel).

Le paramètre Conctr/Exoctr fournit un cadre d’observation heuristique sur les conditions locales d’économie et de parcimonie constructionnelle dans les langues du monde. Or, autant la dynamique Forme Log/Forme Phon est presque trop évidente et aisée à observer dans une langue exocentrique, où le marquage casuel est explicite. Dans ce cas, on assiste même à un effet collatéral de cette transparence : on se retrouve quasiment face à trop de casuistique grammaticale, avec les nombreux décalages sens/forme (cf. Hakulinen & Karlsson 1979 : 103), qui finissent par opacifier la question. En revanche, la raréfaction du marquage actanciel dans des langues fortement concentriques permet d’élaguer et d’y voir plus clair. Peu de marquage actanciel, ou seulement du troisième type (le tiers actant, ou a3 de Tesnières, au sens large), permet d’y voir plus clair et de mettre à jour les interconnexions structurales de l’actance notamment avec la positionalité et la directionalité, notamment en mazatec (Léonard 2012, Gudschinsky 1959).
Nous aborderons donc les structures instrumentale, comitative et abessive, transposées dans les constructions de marquage concentrique, pour le mazatec et diverses langues mayas, à titre d’exemples tirés de langues méso-américaines. Nous verrons aussi diverses constructions relevant de la diathèse, qui contraignent les langues concentriques à réaliser le cas instrumental ou oblique, et ce malgré l’absence ou quasi-absence d’adpositions dans ces langues. Les langues mayas sont d’autant plus intéressantes à cet égard qu’elles font usage de « substantifs relationnels » pour résoudre ce dilemme (OKMA 2000).
Outre les avantages heuristiques de cette approche pour la recherche en syntaxe et sémantique, d’un point de vue résolument en faveur de la notion de GU, on peut espérer que la recherche de ces corrélats Forme Log/Forme Phon aura également des vertus pédagogiques pour montrer l’originalité de la démarche typologique en linguistique générale.

Références :

  • Chomsky, Noam 1982. Some Concepts and Consequences of the Theory of Government and Binding, Cambridge Mass.,MIT, Linguistic Inquiry Monographs, 6.
  • Chomsky, Noam 1995. The Minimalist Program, Cambridge Mass., MIT Press.
  • Fillmore, Charles J. 1968. “The Case for Case”. In: Bach & Harms (Ed.): Universals in Linguistic Theory. New York: Holt, Rinehart, and Winston, 1-88.
  • Gudschinsky, Sarah 1959. “Mazatec Kernel Constructions and Transformations”, IJAL 25-2: 81-89.
  • Hakulinen, Auli & Fred Karlsson, 1979. Nykysuomen lauseoppia, Helsinki, SKS.
  • Lehmann, Christian 2005. “Typologie d’une langue sans cas : le maya yucatèque”, Travaux du SELF 10: 101-114.
  • Léonard, Jean Léo 2012. “Le verbe mazatec : typologie et diasystème”, Amerindia 37(1), SeDyl-CELIA : 211-251.
  • Nichols, Johana1986. “Head-Marking and Dependent-Marking Grammar”, Language, 62-1: 56-84.
  • OKMA 2000. Variación dialectal en poqom, Guatemala, Cholsamaj.
  • Tesnière, Lucien 1959. Éléments de syntaxe structurale. Paris, Klincksieck.

Lieu(x)
Caen - campus 1
Salle de documentation du CRISCO

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Dernière modification : 11 novembre 2019



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