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Lettre d'actualités n°9 du DES (Juin 2020)

Bienvenue sur cette newsletter estivale du DES !

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N'hésitez pas à vous abonner pour profiter des prochaines informations sur le DES (environ 3 à 4 lettres par an).
 
Bonne lecture,

Laurette Chardon, Ingénieure en charge du DES
crisco.webmestre@unicaen.fr


Nous voici arrivés directement à la lettre estivale du DES sans passer par la case printemps ... Oui effectivement me direz-vous le COVID-19 est passé par là ? Cela est exact : le confinement a bousculé notre planning et nous a obligés  à annuler tout simplement notre lettre d'actualité du printemps. Qu'à cela ne tienne, nous allons nous rattraper avec cette lettre estivale bien fournie ! Nous commençons par diverses informations dont une en particulier que certains ont du déjà remarquer : doit-on dire le ou la COVID-19 ? Ensuite, facilité par le confinement, un article a pu voir le jour sur le blog de la MRSH. Radio Phenix a également contacté le CRISCO pour une interview. Enfin, pour nous redonner du coeur à l'ouvrage, un focus sur justement le mot COEUR réalisé par Jacques François et Robert Pastorelli.
 
 
Merci à vous toutes et tous qui utilisez le DES, nous suivez par les actualités, vous abonnez de façon continue à cette liste, nous soutenez par vos dons et vos achats de licences autonomes et merci à tous ceux qui nous ont affirmé leur soutien lors de la grève et en signant la pétition.


►Informations diverses

Le ou la COVID-19 ?

"La" dit l'Académie Française qui explique que :

"Covid est l’acronyme de corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation. On dit ainsi la S.N.C.F. (Société nationale des chemins de fer français) parce que le noyau de ce groupe, société, est un nom féminin, mais le C.I.O. (Comité international olympique), parce que le noyau, comité, est un nom masculin...".

Seulement elle prend cette décision le ... 7 mai 2020, soit presque deux mois après le début du confinement alors que la presse et toutes les publications autour de ce virus avaient adopté le genre masculin depuis ... le début de l'année ! Et puis on peut rétorquer que disease en anglais n'est ni masculin ni féminin : " the disease ... It....." et on ne peut pas argumenter à partir du genre d'un mot dans une langue étrangère.

De plus, comme l'explique cet article de France Culture la lexicologue Sandrine Reboul-Touré estime que le genre masculin fait sens en raison de ce qu'on appelle la "motivation linguistique" :

" Pour moi, les médias ont commencé par dire "le" car dans "Covid" il y "Co-", au même titre que dans "coronavirus". Il était donc logique de dire "le" Covid, au même titre qu'on dit "le coronavirus". Ici, c'est la motivation linguistique qui explique le masculin. En linguistique, la motivation linguistique c'est le fait qu'on puisse essayer de donner du sens, à partir de la forme. Or pour la plupart d'entre nous, quand on voit "Covid-19", il est très difficile de voir apparaître une forme là-dedans. Il faut déjà avoir certaines connaissances. Si on prend une personne au hasard dans la rue, elle ne pourra pas vous expliquer le sens de ce mot-là. Pour le commun des mortels, le "Covid-19", c'est donc la même chose que le virus, et non pas la maladie.".

Cet autre article du magazine LeParisien  partage cette opinion en expliquant que les linguistes affirment généralement que "l'usage fait la loi" :

"Dans le cas du mot Covid, force est de constater que le masculin s'est imposé notamment dans les médias mais pas seulement.". 

D'autre part, comme le souligne l'article de France Culture, la décision n'aurait pas été collégiale en rapportant les propos de  Frédéric Martel dans l'émission Soft Power :

"J'ai mené ma petite enquête et j'ai interrogé cinq académiciens. Aucun d'entre eux n'a été invité à donner son avis sur ce sujet par l'Académie française. Certains ont même appris par ma bouche les décisions de leur académie. [...] D'ailleurs, aucune réunion tout court n'a eu lieu à l'Académie française depuis le 17 mars. Les positions de l'Académie française ne sont donc pas celles des académiciens et bien plus probablement du seul secrétaire perpétuel - qui tient à son titre à dire au masculin : Hélène Carrère d'Encausse, âgée de 90 ans et fort bien connue justement pour empêcher la féminisation des titres de profession."

Certes les québécois ont choisi le genre féminin mais cette décision a été prise très rapidement...

Le DES est-il concerné ? Pour l'instant pas vraiment puisque les catégories grammaticales ne sont pas prises en compte pour les raisons expliqués sur cette page. Mais c'est une affaire à suivre ...

Simplifiez vos recherches sur le DES !

Vous avez surement tous enregistré le lien pour accéder au DES : http://crisco.unicaen.fr/des. Mais savez-vous qu'il est possible de mémoriser un mot clé (par exemple "cc") associé à un lien web accompagné d'une variable ? Comme indiqué dans l'image ci-dessous, dans la gestion des marques-pages de firefox (mais cela est certainement possible avec les autres navigateurs), vous pouvez enregistrer la page web https://crisco.unicaen.fr/des/synonymes/%s avec le mot clé cc. Ensuite dans la barre d'adresses, vous saisissez "cc profond", le navigateur vous affiche directement le résultat du DES : https://crisco.unicaen.fr/des/synonymes/profond
RaccourciDES.jpg

L'astuce est expliquée sur cette page et nous a été transmise par Etienne, utilisateur assidu (voir la 2nde vidéo des remerciements)
 

 

Gestion des mots injurieux

Depuis la création du DES et selon l'actualité du moment, nous recevons de temps en temps des réactions parfois assez vives sur certains liens synonymiques avec des mots péjoratifs portant principalement sur l'humain : homme, femme, noir, chinois, homosexuel ...
Historiquement, le DES créé dans les années 90 est un projet de recherche essentiellement informatique et mathématique basé sur la théorie des graphes avec les cliques et les réductions de dimension pour l'espace sémantique (voir la vidéo de présentation). Au fil des années, il a été enrichi à la fois par les propositions des utilisateurs et par un programme qui recherche automatiquement les liens probables. Cet enrichissement a toujours été manuel. Il est donc possible  (et tout à fait humain) que certaines coquilles, maladresses (dues à des relations trop évasives, floues ou non présentes dans le langage écrit même si oralement elles sont communément admises) soient apparues. De façon à pallier à ce problème, le CRISCO a très vite été à l'écoute de ses utilisateurs en leur offrant  la possibilité d'intervenir grâce à une interface de propositions. En particulier, concernant les liaisons injurieuses, nous sommes attentifs aux définitions données par les dictionnaires et essayons au maximum de rester dans ce cadre. N'hésitez pas à nous faire part de ce genre de liaisons afin que nous puissions corriger et améliorer le DES.
 

Quelques statistiques

Concernant la fréquentation du site, nous sommes cette année autour de 1.200.000 à 1.400.000 vues par semaine comme nous le montre ce graphique, ce qui représente environ 170.000 à 200.000 vues par jour !
Les statistiques du DES par semaine en 2020 [PNG - 20 Ko]

Le point le plus bas au milieu du graphique correspond à la grève du DES et le dernier point plus bas que les autres correspond à la semaine en cours non terminée.


[PNG - 29 Ko]Si nous regardons maintenant, par jour avec le graphique suivant : nous avons bien de 170.000 à 200.000 vues par jour, ce qui coïncide avec le graphe annuel ci-dessus, et en nombre de visiteurs (sachant qu'un visiteur effectue plusieurs vues) cela représente environ 170 visiteurs toutes les 3 minutes. Si nous agrandissons l'image (en cliquant dessus), nous voyons les vues chutent le week-end : l'usage du DES est essentiellement professionnel.








Enfin, concernant la liste de diffusion des actualités, plus de 400 nouvelles inscriptions ont été reçues depuis le début de cette année 2020 !
 

►Article "Le Dictionnaire Électronique des Synonymes(DES) et ses graphes d’adjacence"

Cet article de blog sur le site de La Maison de la Recherche en Sciences Humaines de Caen (MRSH) a pour but d’une part de donner quelques éléments de statistiques sur le DES et d’autre part de détailler un outil graphique autre que l’espace sémantique mais ayant la même finalité : le graphe d’adjacence. Avec cet outil, nous  aborderons une méthode simple de nettoyage afin de rendre ce graphe plus lisible pour les vedettes qui ont beaucoup de synonymes... Lire la suite

 

 
 

►Interview du CRISCO par radio Phenix


Radio Phenix, de l'université de Caen a sollicité le CRISCO pour une interview pour parler des différentes activités du laboratoire dont le Dictionnaire  Electronique des Synonymes ... Ecouter la suite
 

►Haut les coeurs !


Après avoir passé en revue les similitudes et différences de confiner, isoler, cloitrer, séquestrer dans un article précédent, nous avons choisi de vous redonner le moral en évoquant l'espace sémantique du mot COEUR.

Dans le DES, COEUR possède 83 synonymes. Jacques François, membre associé du CRISCO, nous parle de l'évolution (aspect diachronique) de la polysémie de ce mot au cours du temps.
Comme indiqué dans les 3 schémas ci-dessous obtenu dans l'espace sémantique, l'essentiel de la polysémie de COEUR se met en place très tôt, entre le 11° et le 12° siècle et l'espace sémantique est prêt au 13° siècle pour la littérature courtoise.
(Cliquer sur les images pour agrandir la vue des trois réunies)

L'espace sémantique de COEUR
[JPG - 795 Ko] [JPG - 795 Ko] [JPG - 795 Ko]

Robert Pastorelli nous apporte un autre point de vue avec l'outil Gephi. Dans le DES, COEUR avec ses 83 synonymes forme un réseau de 720 liens, chaque synonyme pouvant être relié à un ou plusieurs autres synonymes de la vedette.
A partir de ce réseau, Gephi permet, avec un algorithme dit de « modularité » (plus de détails sur cet algorithme dans l'article "Curieux sous les projecteurs de Gephi"), de déterminer des communautés de mots, sous-graphes de mots qui sont les plus liés entre eux par rapport au reste du réseau.
On se rapproche ici  des résultats obtenus avec la notion d’espace sémantique bien que la méthode statistique soit très différente.
Gephi permet également de produire une visualisation plane du réseau. L’algorithme applique l’idée que la densité des relations fonde les communautés d’une part et que la proximité spatiale manifeste le mieux visuellement les communautés d’autre part.
En combinant ces deux méthodes somme toute assez proches, on peut visualiser le graphe des mots avec des couleurs associées aux communautés et sous une disposition spatiale qui, bien que peu signifiante par rapport à une thématique sémantique, vise à optimiser la présentation visuelle des relations de synonymie.
Nous obtenons le graphique suivant :
CoeurRobertP.jpg [JPG - 914 Ko]

On remarque que les synonymes de cœur se distribuent en 3 groupes, dont les liens sont de couleur violet, marron, et bleu.

Trois sous-groupes qui peuvent être titrés par les mots :

  • âme associé avec sein, noeud, fond, centre, intérieur ...
  • courage associé avec énergie, hardiesse, générosité, ressort, force ...
  • amour associé avec sentiment, passion, zèle, attachement, affection ...

Effectuons la même présentation des réseaux de synonymes de ces trois mots : âme, courage, amour.
 

Pour âme, nous avons :
ame3.jpg [JPG - 849 Ko]

Trois sous-groupes sont également présentés :

  • en marron, les mots autour de courage, assez proche du sous-groupe « courage » précédent
  • en jaune, le sous-groupe principal avec intérieur, fond, centre, cerveau, spiritualité , personne, moi … peu homogène qui diffère des précédents sous-groupes et notamment du sous-groupe « âme ».
  • en vert, le sous-groupe autour de cœur, assez différent du sous-groupe « amour » précédent. On remarquera que « amour » n’est pas synonyme d’ « âme ».

Pour courage :
courage3.jpg [JPG - 845 Ko]
Deux sous-groupes apparaissent :
  • autour de cœur où on retrouve zèle, passion, conscience du sous-groupe « amour » précédent.
  • autour de courage un sous-groupe orienté vertus humaines, assez proche des  sous-groupes « courage » précédents.
Enfin avec amour, nous obtenons :
amour3.jpg [JPG - 666 Ko]
Deux sous-groupes :
  • en gris, nouveau sous-groupe des synonymes d’amour au sens principal de « relation amoureuse »
  • en bleu : ardeur, passion, enthousiasme, cœur, affection, on retrouve un sous-groupe proche de celui « amour » 
Les sens de coeur tournent donc autour du courage, du centre ( intériorité, spiritualité, âme) et des sentiments (amour). Cœur, âme et courage sont fortement liés entre eux, par contre amour est peu lié avec cœur et pas lié du tout avec âme et courage.

Nicole Le Querler, linguiste et membre associé du CRISCO, dans la rubrique "le mot du vendredi" du 14 février dernier (jour de la saint-valentin ) du quotidien Ouest-France nous l'explique ainsi :
Le coeur, siège des sentiments et du courage
Le mot « coeur » est attesté en français depuis 1050, d’abord sous la forme « quor », puis « quer », puis «cuer » et « coer ». Il est issu du latin « cor, cordis » qui avait le même sens : organe central de la circulation du sang et siège des sentiments. Il se rattache, comme le grec « kardia », à une racine indoeuropéenne « k’erd », qu’on retrouve dans l’allemand « Herz », l’anglais « heart », le russe « sierdse », le gallois « craidd ». Son effet de sens symbolique de « siège des sentiments, des émotions, des passions, de la mémoire, de la volonté, du courage » est assumé, dans d’autres cultures, par un autre organe important, le foie. Mais imagine-t-on Don Diègue, père de Rodrigue, dans Le Cid de Corneille, dire à son fils, après l’insulte qu’il a subie de la part du père de Chimène : « Rodrigue, as-tu du foie ? » ? Non ! Pour l’inciter à laver son honneur par les armes en provoquant celui qui l’a insulté, même s’il est le père de la femme qu’il aime, il lui demande : « Rodrigue, as-tu du coeur ? » , ce à quoi bien sûr Rodrigue répond « Tout
autre que mon père l’éprouverait sur l’heure » (I, 5).
Famille très développée et expressions variées
Du latin « cor » et du grec « kardia », mots dont on a vu qu’ils étaient liés étymologiquement, sont issus écoeurer, courage, cardiologie, concorde, discorde, cordial, record… Et les expressions contenant le mot « coeur » font référence à divers effets de sens du mot en français : apprendre par coeur, avoir un haut-lecoeur, de tout coeur, bourreau des coeurs, joli coeur, à coeur vaillant rien d’impossible.
 

Enfin, pour terminer cette petite étude, je ne résiste pas à vous citer cette très belle définition de l'amitié, dont on imagine bien la proximité avec le mot coeur. Cette définition de Montaigne, dont le grand ami était La Boétie, est donnée par Nicole Le Querler dans la même rubrique de Ouest-France du 17 janvier 2020 :

« En l’amitié de quoi je parle, les âmes se mêlent et se confondent l’une en l’autre d’un mélange si universel qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » ( Essais , I, 27).


À très bientôt !
 

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Dernière modification : 22 juin 2020



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